Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

17/01/2012

L'homme froncé

Le ciel fronce, et toi, tu parles du ciel mais pas de l’homme, de l’homme froncé, tu cherches à rester tranquille en parlant du ciel plutôt que de l’homme. L’enfant descend les escaliers, tu vas préparer ses céréales, tu sais que tôt ou tard, dans la journée, tu iras dans le jardin creuser la terre pour enlever les mauvaises herbes. Là, avec ton couteau à huitre, tu as des pensées lorsque le couteau gratte les tuiles, mais lorsque tes doigts malaxent la terre tu ne penses à rien. Tu enlèves les tiques des animaux avec une pince jaune, tu les crames avec ton briquet, il y a trop de vent, alors tu plantes une allumette dans le ventre de l’insecte et tu l’allumes, tu attends que ça explose, tu plantes trois allumettes qui brûlent jusqu’à ce que la tique soit carbonisée en statuette infâme. Tu te dis, ces hommes-là, ils veulent faire sortir de mon corps tout ce jus putride. Ils veulent me marquer. Ils veulent m’empêcher d’élever des petits, anéantir l’humanité dans son ensemble.

 

Le chien du médecin légiste avec sa horde de flics dans le bus pour échographier les passagers, nous sommes tous dans le même bus et toi le chien tu pleures en découvrant mes trois seins, mon troisième sein donne beaucoup de lait à retordre à ce chien passager, tu te réveilles en me disant Nous avons fait beaucoup de choses durant notre sommeil, le médecin légiste découvre son sein et il en sort quelque chose qui ressemble à un chaton. Triste femelle il me dit je suis une triste femelle regarde ce qui pend perdue regarde la langue pendue de mon sein ne me coupe pas je garde contre mon sein tant de recettes et toutes ces recettes nous allons les mâcher avant la fin de l’hiver, à toute heure, à commencer par ces nuits interminables où je tente vainement de lever la patte au-dessus de toi qui m’empêche de me tirer une balle dans la peau.

08/03/2011

C'est un ciel blanc (6)

Chacun dit de nous soit soi-même. Un seul pigeon, un seul phosphène, un ciel si blanc qu’il en vient à trancher nous les uns sans nous les autres sans soi. Un ciel tissé de pigeons-machette, quand j’en prends une bribe, c’est pour mieux la prier, avec mon seul membre, agitant du bocal, c’est pour mieux la prier, trouble dieu. Quand je parle en dormant, les oiseaux enregistrent la moindre de mes éructations. Ces oiseaux-là ne sont pas des nôtres, ces oiseaux-là dictent des mots divisés en sons, que la nuit recompose.

10/02/2011

C'est un ciel blanc (5)

Je ne suis jamais montée dans ce ciel-là, je suis souvent passée en-dessous. Et tous les caniches que je trouvais beaux n’y sont pas montés non plus. Tous ces caniches montés comme des grecs qui tentaient d’attraper le pompon sans un geste, je ne suis jamais montée sur ce membre-là, je suis souvent passée en-dessous. C’est un ciel loin, un ciel sans faim, attrapant sans un geste et sans faim. Sans transition et sans jour, nous sommes nous, un seul même, nous-nous, un seul desséché. Sans transition, nous et nous, les nous-nous, nous les uns sans soif, les autres sans faim.